Retour d’expérience Formation Civique et Citoyenne – Alicia JOVIN

Retour d’expérience sur la Formation « Civique et Citoyenne » du 16 au 19 février, à Saint Prix (95).

Il est enrichissant, mais difficile de s’engager dans des actions de sociétés, surtout lorsqu’on n’a pas conscience de ce qu’on peut apporter aux autres. À première vue, être en situation de handicap et en service civique est un peu paradoxal. Comment contribuer à la société et à la résolution de problématiques parfois extrêmes quand on a soi-même besoin d’aide ?

À travers ces quatre jours de formation, je peux affirmer que j’ai trouvé une réponse à cette question.

Partir de chez moi et décrocher de mon organisation quotidienne, sachant que ça implique de faire déplacer le personnel qui m’assiste dans un environnement inconnu, de transporter une charge de matériel conséquente, de tout anticiper et surtout d’être prête à affronter un tas de situations nouvelles et imprévues, représente déjà un défi. Après une longue hésitation, j’ai accepté avec, pour première motivation, l’envie de mener cette nouvelle mission professionnelle jusqu’au bout et de mon mieux !

Étant donné que je vis de manière autonome, ou presque, ce ne sont pas les premières angoisses que j’ai rencontrées, alors cette aventure a été un fragment important de la concrétisation de mon autonomie. J’ai appris sur moi-même, sur les autres, sur mes capacités d’adaptation sans le confort habituel sur lequel je compte pour rebondir et réagir en cas de nécessité, j’ai aussi appris sur l’engagement solide et durable des personnes qui m’accompagnent. Bien au-delà de la formation théorique, c’est tout ce résultat qui me permettra de m’investir dans toutes sortes de projets.

Depuis la fin de ma scolarité, j’avais gardé un très mauvais souvenir des activités de groupe, persuadée par l’expérience que j’aurais toujours 1000 difficultés à m’intégrer à cause des mentalités, de la communication difficile, du handicap trop voyant… Jusqu’à cette formation ! Bien qu’étant accompagnée d’une auxiliaire de vie en permanence, ça n’a pas empêché les autres jeunes de prendre des initiatives à mon égard et de répondre présents quand j’avais besoin d’aide. Ouvrir une porte, porter un plateau repas, écrire sur une feuille de papier… Au fond, faut-il une formation spécialisée pour ces petits gestes ? Absolument pas. Il faut seulement un peu de logique, de l’humanité et être conscient du monde qui nous entoure. Certainement que le fait que je participe aux débats et aux conversations avec mon opinion et ma personnalité a ouvert la barrière de la différence d’entrée de jeu pour être incluse dans la communauté. Le fait aussi d’accepter de l’aide a beaucoup joué. On pourrait penser que c’est une manière de se rendre encore plus dépendant, mais au contraire : dans mon cas, le fait de pouvoir compter sur les gens pour des petits gestes banals m’a permis de me détacher par moment des auxiliaires de vie. C’est très agréable de se sentir aidée simplement par politesse et savoir-vivre ! Un pas de plus vers l’autonomie.

Cela a aussi eu un impact sur mon état d’esprit car quand on peut compter sur l’humanité des autres, on se trouve immédiatement rassuré en pensant que, quoi qu’il arrive, on sera entendu. Je craignais de porter atteinte à ma dignité et à ma santé en laissant de côté mon confort personnel. En effet, ce n’était pas comme d’habitude et je l’ai ressenti physiquement, mais c’était pareil pour tout le monde et en cas extrême, je savais que je pourrais toujours trouver une solution. De même que, j’ai été vivement invitée et prise en considération dans toutes les activités, un réel encouragement dans l’estime de soi. Quand bien même je n’ai pas pu participer à certaines activités, j’ai été réconfortée par l’attention et la compréhension des autres jeunes : une pensée, quelques mots d’encouragement, mon avis sollicité… Le besoin d’appartenance tient parfois à peu de choses.

Si je devais donner l’anecdote la plus touchante, c’est lorsque j’ai entendu dire que les jeunes s’organisaient en deux groupes pour aller au supermarché, dans le seul souci de ne pas me laisser seule, tenant compte des difficultés à me déplacer. C’est à cet instant précis que j’ai compris à quel point ma propre démarche et ma propre envie d’aller vers les autres, aussi difficile soit-il, était une étape indispensable pour ouvrir la voie de l’inconnu.

On entend parler du service civique pour les jeunes en situation de handicap, mais il est fort probable que beaucoup de gens doutent quant à la faisabilité de la chose, les jeunes en premier. Or, C’est justement une expérience commune qui apprend à tous et qui permet de s’enrichir mutuellement. Pour le coup, le handicap est réellement une situation dans un ensemble de circonstances, au milieu de personnes ayant chacune ses qualités, ses défauts, ses compétences, ses forces, ses faiblesses… Et ses handicaps. J’ai appris sur ma propre capacité à dédramatiser les choses, à dépasser les limites et surtout, je suis ressortie heureuse de cette expérience, convaincue que, peu importe la manière, nous avons tous un potentiel à exploiter et à mettre à contribution.

Alicia Jovin

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